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SAINT-MICHEL en 1789

UN PEU DE GASCON > ça se RACONTE

Saint Michel et un crucifiement

Le culte de St Michel a toujours été populaire dans nos Landes composées de la presque totalité des anciens diocèses d'Aire et de Dax, et de quelques
paroisses des anciens diocèses de Lescar, Auch, Bordeaux et Bazas. Avant 1 789, plus de 80 paroisses honoraient ce saint Archange soit par des églises dont il était le titulaire, soit par des chapelles ou des autels qui lui étaient dédiés, soit par des fontaines à sa dévotion, soit encore par des statues, de simples images, des confréries, des prébendes.
Dans certaines de ces paroisses, une affluence de pèlerins, accourant de plusieurs lieues à la ronde, donnait lieu à une sorte de foire d'un pittoresque
saisissant, comme à St-Michel-de-Gieuie et à Suzan. Si St Martin de novembre marquait le déménagement parfois lamentable du métayer gascon, déménagement qui portait le nom de ha Sen Martin, St Michel de septembre marquait l'année de service des domestiques et valets de ferme qui se louaient de St Michel à St Michel.
Dans une courte disgression, disons que Suzan, autrefois paroisse, aujourd'hui simple quartier de la commune et paroisse d'Ousse et Suzan, conserve
encore le 29 septembre un concours de peuple qui rappelle le moyen-âge. Deux rangées de chênes foimaient une avenue devant l'église fortifiée perdue au milieu des sables. Les domestiques de tout ordre en rupture de contrat annuel, les garçons d'un côté, les filles ou femmes de l'autre, se rangeaient adossés à des cordes tendues d'un chêne à l'autre, et tenaient en main l'instrument du travail auquel les désignaient leurs aptitudes. Les allants et venants, en quête de servileurs, interrogeaient, examinaient, marchandaient et traitaient pour une ou plusieurs années. La fête de mai s'appelait Sent Miquèu lou praube, St Michel le pauvre, parce que les domestiques qui affluaient gagés n'étaient qu'à la moitié de leuis gages ou séulade. Celle du 29 septembie s'appelait Sent Miquèu lou riche, St Michel le riche, parce que les domestiques avaient en poche les gages de l'année. Les pasteurs profitaient de l'occasion pour échanger la sonnaille de leurs troupeaux, renouveler ou compléter cette sonnaille. Inutile de dire que cette foire se greffait sur une fête religieuse avec,1 messe et vêpres solennels. Les membres de la frérie payaient annuellement 3 sous enlacés dans du chandelon cette rubrique était de rigueur. Les aumônes ainsi ̃cueillies servaient à faire célébrer des messes pour les membres vivants et défunts de la confrérie. Qu'en était-il de cet usage à Sindères, Ousse et autres paroisses avoisinantes ? Rien ne l'indique de nos jours. Mais les pouillés mentionnent en l'église de Sindères un autel de St Michel bien entretenu. Ce qui aujourd'hui donne un relief singulier à cette antique dévotion, c'est non pas une simple statue ou une image quelconque du glorieux archange, mais une belle   qui devait certainement surmonter l'autel, et qui, ainsi que les croix de pierre placées le long des chemins et que l'on visitait processionnellement, (Mont et Beliet près de Belin dans la Gironde offrent deux curieux spécimens de ces croix) ou les croix tombales discoidales, présente des sculptures sur chaque face. Remisée sous l'escalier du cloche" où s'entassaient des débris de toute sorte, cette pierre a subi des mutilations, mais offre encore assez sensibles les motifs dont elle était ornée. Sur une face, Jésus en croix affaissé ou comme assis, les bras presque horizontaux et le corps vêtu jusqu'aux genoux, ce qui nous reporterait au XIIe ou au plus tard au commencement du XIIIe siècle. A droite du Christ, agenouillée à ses pieds, une femme nimbée qui semble recuellir le sang; à gauche, une pa sonne agenouillée aussi et avançant les mains avec une coupe vers la plaie du côté. La tête, un peu informe et la tenue du Christ nous rappellent une pierre-cnicifix très grossière, encore plantée sur le talus d'un champ derrière la gare de Horsarrieu, probablement au bord d'un chemin conduisant à St Jacques de Compostelle et sur le terrain d'un hôpital dont quelques archives existent dans la sacristie de la paroisse.
Sur l'autre face, St Michel ailé, debout, brandissant de la main droite un glaive au-dessus de sa tête, et tenant de ia main gauche un espèce de filet, (nous
avons peine à y reconnaître des balances), emprisonnant à ses pieds le dragon à la tête monstrueuse. Au sommet de la croix et derrière le glaive, un disaue, qui semble servir de nimbe à la tête de l'archange.
Les deux photographies que nous présentons sont dues à M. l'abbé Mesplède, curé de Sindères, dont le zèle archéologique, au-dessus de tout éloge,
a eu le bon goût de retirer cette précieuse pierre de l'oubli et de la mettre en évidence dans son église.

C. DAUGÉ.

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